La ligne de démarcation

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LA LIGNE DE DÉMARCATION

Par Maurice-David Matisson

La ligne de démarcation a été créée et son tracé fixé en vertu de la convention d’armistice du 22 juin 1940. Elle sépare, jusqu’au 11 novembre 1942, la zone libre où s’exerce l’autorité du gouvernement de Vichy, de la zone occupée par les Allemands.

Elle s’étire de Bayonne à la Suisse.

Elle ne pouvait être franchie qu’avec une autorisation des autorités allemandes (Ausweis), mais, comme le montre le procès Papon, elle fut franchie clandestinement par des Résistants, des Juifs souvent avec une fin tragique lorsqu’ils étaient arrêtés.

Dans la région, la ligne de démarcation passait près d’Angoulême, Aubeterre et Ribérac, Montpont, Castillon et Ste Foy, La Réole, Auros, Roquefort, Mont-de-Marsan, St Sever, Hagetmau, Orthez, Mauléon, St Jean Pied de Port.

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Document LE MONDE

Récit du passage de la ligne de démarcation par Maurice-David Matisson : "Après les rafles de Bordeaux et du Vel’d’hiv’, je me suis retrouvé caché dans Paris en charge, avec ma sœur Cécile, de nos 3 neveux et nièces Jackie (5 ans), Eliane (8 ans) et Claude (10 ans). Après les pérégrinations que je décris dans ma déposition, nous sommes arrivés à Orthez dans une famille qui s’est occupé de notre passage en zone dite libre. Le lendemain, un passeur (le borgne sympathique dont je parle) a mêlé les trois enfants à ceux de l’école d’Orthez qui habitaient en zone libre et rentraient chez eux à midi pour déjeuner. Pour ma sœur et moi, le passeur est venu nous chercher vers 17 heures. Il refuse de nous dire quoi que ce soit à l’avance sur la manière dont nous allions franchir la ligne. Il nous demande de lui obéir aveuglément sans crainte. Nous avons traversé le village en sa compagnie jusqu’à une auberge grouillante de monde et qui jouxtait la barrière style chemin de fer avec un petit portillon qu’il fallait franchir pour avancer vers le poste "français " à 300 mètres. Nous sommes entrés dans la partie café de l’auberge. Le passeur m’a demandé de commander 3 boissons et de donner un billet de 5 francs à la serveuse. Avec effroi, nous avons soudain entendu un air allemand si redouté chanté en chœurs dans une salle voisine. Le passeur nous a rassurés en nous disant que c’étaient des soldats qui banquetaient dans la salle voisine.

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Un moment après, une sentinelle en arme est apparue sur le seuil. La servante s’est approchée de lui, l’a attiré vers elle, et d’un signe discret nous a invité à sortir derrière le dos du soldat. Un Allemand sans armes se trouvait devant le portillon, le ceinturon défait, et ma sœur a eu un recul ; le passeur a grogné : allez-y Bon Dieu ! Ce que nous avons fait, le soldat cédant galamment le passage à ma sœur. Le passeur nous avait recommandé de ne pas courir. Nous avons franchi haletant les 300 mètres et inutile de vous dire notre bonheur quand nous avons vu une casemate avec un soldat et les trois couleurs de la France. Un peu plus loin, un paysan du coin nous attendait, nous ramena dans une petite carriole dans sa ferme où nous avons retrouvé nos trois petits. Après avoir passé la nuit chez ce brave homme, il nous a amené à une gare située à une vingtaine de kilomètres. Pour passer sur le quai de la gare, nous devions donner nos billets au contrôleur qui était flanqué d’un garde mobile. J’ai dit à ma sœur qu’il fallait tenter le coup pour le coup. Je suis parti seul le voir et droit dans les yeux je lui ai dit d’où nous venions et où nous allions. " Je ne suis pas censé le savoir, passez ! ". Jusqu’au bout la chaîne des braves gens nous avait conduits à bon port.

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