La vérité aura le dernier mot

Par Gérard Boulanger

Avocat à la cour

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Gérard Boulanger, 1° avocat de l'affaire

La vérité aura le dernier mot

Le 2 avril 1998, après la condamnation pour complicité de crimes contre l’humanité, de l’ancien haut fonctionnaire de Vichy, Maurice Papon, deux enseignements apparemment contradictoires se disputent mon esprit.

Premier constat immédiat  : malgré un incertain pourvoi en cassation, auquel même la défense de Papon ne croit pas, la bataille judiciaire est enfin terminée, et victorieusement terminée.

Le combat obstiné des plaignants de Bordeaux s’achève par une triple victoire   : la Justice républicaine a enfin assumé son rôle ; la sanction du complice des bourreaux comble un trou béant de l’histoire nationale qui avait trop longtemps occulté la mémoire des victimes ; le symbole de ce verdict à portée universelle sur la nécessité de désobéissance institutionnelle face à l’ordre inique est d’autant plus exemplaire que l’accusé a bénéficié pour sa défense tout au long de l’audience de garanties exemplaires.

Preuve en est que, sondage à l’appui, les Français ont massivement ratifié ce résultat en estimant, pour les deux tiers d’entre eux, ce procès " utile ".

Et pourtant, impossible d’oublier - je l’ai indiqué sur-le-champ - que le combat continue. Le combat pour les principes, pour la mémoire, et plus encore, pour le respect de la vérité dans l’histoire.

Car ce que ce procès a en définitive révélé le plus nettement, c’est l’extraordinaire capacité de déni de sa propre histoire que peut opposer la société française, ou plutôt, que s’acharnent à imposer les clercs qui entendent parler en son nom.

Pour ne citer que cet exemple, combien de commentateurs avisés, de mandarins méprisants ou de consciences autoproclamées ont refusé d’admettre que Papon n’a jamais été résistant ! Et ce, malgré les preuves irréfutables que nous en avons apporté par voie éditoriale et judiciaire, et au risque de dévoyer une leçon essentielle du procès, la nécessaire défense du message de la Résistance, sans cesse en butte à des tentatives d’annexion par le discours vichysant…

C’est ce que notait déjà De Gaulle en 1969, au moment où il quittait définitivement le pouvoir  : " Vous voyez, Debré, nous sommes parvenus à tout. Il n’y a qu’une chose que nous n’ayons par réussi à vaincre, c’est l’esprit de Vichy. " Constatons que non seulement cet esprit a inspiré en permanence la défense de Papon, mais qu’il a trouvé de larges échos chez les clercs qui n’avaient cru au procès avant, qui tentèrent de le saborder pendant, et qui sont bien décidés à le pervertir après.

Voilà qui rend d’autant plus indispensable ce CD-ROM, extraordinaire travail de restitution des faits et leçons qui ont émaillé le plus étonnant procès du siècle qu’ait connu notre pays. Grâce en soit rendue à Jean-Marie Matisson et à Jackie Alisvaks, qui ont ainsi prolongé le combat de toutes les parties civiles du procès Papon, et pour qui, plus que jamais, demeure un impératif catégorique  : la vérité aura le dernier mot.

Gérard Boulanger

Avocat à la cour

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