
LA COUR DE CASSATION A RENDU
SON ARRÊT :
PAPON INCULPÉ DE CRIMES
CONTRE L'HUMANITÉ*
Il comparaît à l'automne devant les Assises de la Gironde
LES VICTIMES ENFIN RESTITUÉES DANS LEUR DIGNITÉ D'ÊTRES HUMAINS
article paru dans le N° 39 (mars
1997) de "Résistance unie en Gironde"
(trimestriel de l'Association Nationale
des Anciens Combattants de la Résistance)
En 1945, L'État-major de l'Armée-5me Bureau (1) publiait
la liste " des individus suspects ou douteux qui doivent faire l'objet d'une enquête
approfondie. Parmi eux, les agents de l'ennemi, collaborateurs".Dans la liste :
" Papon Maurice, collaborateur, né le 5 septembre1910 à Gretz, domicilié à
Bordeaux, Secrétaire Général de Préfecture de la Gironde. "
Il a fallu 52 ans (36 ans de tromperies et 16 ans de procédure) pour que la Chambre
d'Accusation de Bordeaux et la Cour de Cassation affirment la vérité de ce document.
La Justice s'est honorée, en dépit des fortes pressions politiques de droite et de
gauche (2) que je dénonçais dans mon livre(3). Malgré celles, aussi, des résistants
haut-fonctionnaires sous informés, abusés par les apparences et aveuglés par l'esprit
corporatiste.
Malgré, les petitesses, également, de ceux qui ont fait passer leur ambition politique
avant la fidélité à la mémoire des disparus.
Reste que cette inculpation est celle d'un criminel contre l'Humanité. Si elle survient
pour des crimes commis contre des Juifs (4), elle est d'abord un crime (certes horrible
par sa massivité et son industrialisation organisée (5)) contre les droits de l'Homme
dans l'humanité entière. Lorsque, Michel Slitinsky me mit en mains les documents
accablants sur Papon en 1981, j'ai déposé les quatre premières plaintes. C'était les
plaintes de Juifs sans religion, comme les nombreuses qui suivirent. Nous faisions ce que
l'État aurait du faire contre un haut-fonctionnaire qui a participé avec zèle à la
mort de huit membres de notre famille, entre autres. Nous aurions été Arméniens ou
Tootsies, ou Arabes, ou encore victimes d'un assassin ordinaire, nous aurions agi de
même. Les arrêts des deux juridictions font sortir les plaignants de l'Immonde
concentrationnaire et les restituent avec nous dans la citoyenneté du Monde. Le combat
que nous menons depuis 16 ans n'est pas un combat d'idées pour lesquelles nous aurions
obtenu une première " victoire ". Une telle vision des choses serait infamante,
car elle supposerait que nous nous serions servi de nos morts pour avoir raison. Il ne
s'agit pas de victoire mais de la satisfaction douloureuse d'avoir accompli notre devoir
vis-à-vis de nos disparus.
En ce point de nos efforts, je rends hommage à mon avocat Gérard Boulanger (qui accepta
de défendre notre cause et porte encore aujourd'hui out le poids de cette affaire). Je
rends hommage aux camarades de mon maquis de l'Armée Secrète du Tarn et Garonne (qui
chaque année ont inlassablement demandé l'inculpation de Papon). Je rends hommage à mes
camarades de l'ANACR -Gironde qui se sont portés partie civile, à la mémoire de son
premier avocat Me Bry (un amide 50 ans), aujourd'hui disparu, et à son successeur Me
Blet. Enfin, à tous ceux, même si c'est tardivement, qui nous ont rejoint dans notre
action.
Quelques mois nous séparent du procès (6).
Cependant, restons vigilants! Si rien maintenant n'est perdu, tout n'est pas gagné et de
nombreux obstacles restent à surmonter.
Nos efforts s'inscrivent dans les valeurs de la République tant malmenés en ces temps
d'incertitude où nous réentendons l'appel à la haine sur les critères criminels de
discrimination raciste. La République, c'est le respect de l'homme au delà de ses
idées, de sa couleur de peau, de sa philosophie ou de sa religion. En cette période où
des événements et des discours nous rappellent étrangement ceux qui nous ont conduit à
la Résistance, puis, au nom de son idéal, dans l'action contre Papon, maintenons encore
la flamme de notre jeunesse qui ne doit pas s'éteindre.
Maurice-David Matisson
Premier plaignant,
Maquis de Sistels, 13me Cie de l'Armée Secrète du Tarn et Garonne,
Carte de combattant volontaire de la Résistance N° 192471,
Carte de combattant volontaire avec barrette guerre de 1939-45,
Carte de Combattant N° 116293,
Combattant de moins de 20 ans.
Fondateur de " Résistance unie "
NOTES
![]()
Maurice-David
Matisson a écrit, avec J.P. Abribat, l'ouvrage
Psychanalyse de la Collaboration
Ecrire à Papon
inculpé de crimes contre l'Humanité - MD Matisson
(mentionnez son nom dans le sujet du message)
[Composant FrontPage Image interactive]