Dernière mise à jour : le 15/04/1998

Les réactions au verdict

Les parties civiles

Maître Dominique Delthil :

C’est une victoire après une bataille de quinze ans qui n’a pas été livrée en vain. Mais c’est aussi une déception, car on ne retient pas la complicité d’assassinat et la responsabilité globale de Papon. Il est un peu difficile d’admettre que la justice n’ait pas retenu la participation de Vichy à la solution finale. Si on avait eu un parquet général cohérent dès le début, on aurait aujourd’hui une autre décision. Ce que je regrette le plus, c’est qu’il va falloir expliquer aux victimes leurs droits, à Moïse Schinazi vous, non, à Eliane Dommange, vous oui… C’est moralement très éprouvant, comme si le statut de victime n’existait pas. Leur malheur n’est pas reconnu.

Marie Mouyal :

J’avais tellement peur de l’acquittement que j’ai flotté durant les premières minutes. Je me suis donc focalisé sur le seul convoi des miens, attendant que Papon soit condamné. Dès que j’ai été comblée, je m’en suis aussitôt voulu. Ce distinguo entre les victimes est terrible.

Maître Joe Nordmann :

Je suis satisfait que pour la première fois, une juridiction française juge, en la personne de Maurice Papon, la nature criminelle du régime de Vichy ".

Je ne dis pas que le régime de Vichy a été condamné directement, mais en la personne de Papon, le représentant de Vichy à bordeaux, ce régime a été condamné parce que les crimes de Papon s’insèrent dans le système de Vichy.

Sans Vichy, il n’y a pas de criminalité de Papon, je note aussi que depuis la libération, en tout cas depuis la loi sur l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité, aucune poursuite n’avait été engagée par le ministère public pour crime contre l’humanité contre des Français. En fait, l’esprit de Vichy n’avait pas disparu.

Maître Alain Lévy :

Dix ans, ce n’est pas rien, surtout pour un homme de 87 ans. Mais on peut regretter que la cour d’assises n’ait pas retenu les complicités d’assassinats, alors que le dossier prouve qu’il savait le sort mortel des déportés.

C’est la première décision et sans doute la dernière concernant un fonctionnaire de Vichy. Elle restera dans les annales judiciaires de notre pays et intègrera son histoire. Dix ans, c’est une forte, compte tenu des incriminations retenues : arrestations et séquestrations, et de l’âge de l’accusé. J’ai eu l’occasion durant ce procès, de déclarer avec d’autres que le crime contre l’humanité ne se déclinait pas. Je regrette que là-dessus, nous n’ayons pas été suivis.

Cependant " deux réserves " : Primo, la cour et les jurés n’ont pas retenu la complicité d’assassinat. C’est inadmissible. Et c’est incompréhensible. La démonstration a été faite que Maurice Papon connaissait le " sort cruel " qui attendait les déportés.

On ne peut s’empêcher de penser ici, aux 220 enfants de Bordeaux. Il avait avancé, à propos du convoi d’août 1942, qu’ils allaient vers " anéantissement ".

On a l’impression que la cour et les jurés se sont arrêtés en chemin.

Maître Michel Zaoui :

Il y a deux choses à retenir. La première : un haut fonctionnaire de Vichy qui a été ministre a été condamné pour complicité de crimes contre l’humanité.

La seconde : la cour n’a pas retenu la complicité d’assassinat. Elle a donc estimé que Papon n’avait pas agi sciemment pour l’extermination et qu’il n’avait pas connaissance de la solution finale.

Je ne peux adhérer à ce deuxième point. Le jugement est sévère pour l’arrestation et la séquestration, ce qui est une manière de compenser l’abandon de l’accusation d’assassinat.

Devant la ventilation des convois ; Cette notion de service criminel des questions juives n’a pas été comprise et l’on peut se demander pour quelles raisons.

Sans doute faut-il avoir l’incohérence du ministère public qui s’est montré frileux, qui a poursuivi du bout des lèvres et ça, ça a perturbé les jurés qui se sont plus référés au réquisitoire de 1995 qu’à l’arrêt de la chambre d’accusation. Même si je ne peux pas m’en satisfaire, l’Histoire retiendra qu’un haut fonctionnaire de Vichy a été condamné.

C’est un verdict important, mais qui n’est pas logique, car il ne va pas jusqu'à la complicité d’assassinat pour des enfants de 2 mois ou des vieillards, comme ma grand-mère de 86 ans, qui ont pu mourir dans les wagons à bestiaux. Je ne peux donc être satisfait, vraiment.

Ce verdict politiquement correct, ce verdict d’apaisement qui donne satisfaction aux parties civiles comme à une partie de la population française qui ne voulait pas d’un Papon bouc émissaire.

 

Maître Caroline Daigueperse :

Je suis très satisfaite de la condamnation de Maurice Papon. La reconnaissance de sa culpabilité est un succès pour les parties civiles. La privatisation de ses droits civiques, civils et familiaux me paraît très importante. Pour la première fois, les arrestations et les séquestrations ne s’analysent pas comme des mesures d’exclusion dues a la politique de Vichy, mais à une participation à la Shoah. C’est fondamental.

Je regrette cependant que la complicité d’assassinat n’ait pas été retenue à son encontre et que, au regard de la gravité de son crime, la sanction n’ait pas été plus lourde. A la fois la déception devant la complicité d’assassinat "   Victoire de la mémoire " pour les parties civiles on peut enfin parler d’hommage à tous ceux qui ont disparu.

Cette condamnation, c’est un immense bonheur, c’est comme une perpétuité pour contre l’humanité.

Mais que l’assassinat ne soit pas retenu, ça restera le gros chagrin de ce procès.

Maître Bertrand Favreau :

Un verdict mitigé. C’est la décision intermédiaire du peuple français, c’est un compromis. On a fait un pas en avant, mais je regrette qu’il n’y ait pas eu reconnaissance de la participation de l’administration Française, à travers un de ces membres, à l’assassinat perpétré par Vichy.

Maître Michel Tubiana :

Il a insisté sur la reconnaissance d’un haut fonctionnaire, d’un ancien ministre de la République. On reconnaît sa responsabilité. Là, on lui a dit " non ouvrir le parapluie, ce n’est pas possible ".

Maître Raymond Blet :

On n’est pas allé jusqu'à la connaissance que Vichy avait du sort évident des déportés raciaux. Ce verdict va dans le sens des historiens pour qui l’exclusion ne va pas jusqu’à l’extermination et pourtant elle est une partie intégrante, un chaînon du crime contre l’humanité. L’exclusion fait partie du plan concerté.

Ce verdict est une sanction des lois de Vichy, mais elle ne va pas au-delà. Elle dédouane Vichy sur la connaissance des camps concentration.

Juliette Benzazon :

Je suis soufflée, déçue. On ne demandait pas cent ans, mais là vraiment… On ne comprend plus la justice. J’espère que la cassation sur sa mise en liberté tombera et qu’il sera obligé d’aller en prison, sinon je sentirai que je ne ferai pas le deuil, alors que je pensais au repos moral.

Maître Gérard Boulanger :

On a oublié la complicité d’assassinat. Notre message n’est pas passé. Nous voulions réussir la réintégration pleine et entière de la communauté juive dans la nation par une décision sans équivoque.

La tâche qui reste à accomplir est immense. C’est un jugement de Salomon.

Nous le devons au ministère public qui n’a jamais assumé ses responsabilités et à la malfaisance des Klarsfeld. Ils nous ont poignardés dans le dos.

Une malfaisance qui a cassé l’unité des parties civiles en réclamant des choses qui n’étaient pas en relation avec le dossier. Et les Klarsfeld ont même failli casser le procès avec les déclarations du 28 janvier. On ne peut pas être complètement satisfait car on a oublié l’assassinat, mais ça c’est le résultat du charcutage, du saucissonnage du ministère public qui a laissé tout reposer sur soixante-douze victimes seulement.

C’est une victoire pour les victimes, mais si on ne retient pas la complicité d’assassinats, cela veut dire qu’on ne reconnaît pas le rôle exact de Vichy.

Il y a donc un goût, d’inachevé.

Jackie Alisvaks :

Maintenant, je vais mettre les bouchées doubles dans ce travail pédagogique que nous avons d’ailleurs tous commencé. L’affaire n’était pas close pour autant, les familles des victimes se serviront de ce procès pour diffuser enfin cette nouvelle page d’histoire.

Je suis bien content, même si c’est une peine de principe et non une peine de sanction. Mais le grand dommage ce sont les oublis. Les 4 convois qui n’ont pas été retenus, puis la complicité d’assassinat, le jugement des hauts fonctionnaires de Vichy. Les jurés ont sans doute considéré comme circonstances atténuantes le fait qu’il se retrouve seul survivant dans le box des accusés.

Il aurait fallu une condamnation exemplaire, c’est-à-dire la perpétuité, car lui n’a pas laissé de chance aux familles de déportés, il n’a pas regardé leurs âges ni leurs handicaps, il a seulement eu le souci du quota et de la perfection du travail bien fait, mais à quel prix ? Au prix du déshonneur et au nom d’une carrière brillante pour laquelle il a toujours montré son zèle et sa complicité, (voir son C.V.) à tous les postes qu'il a occupés. Car seule sa carrière avait de l’importance.

Mais en fait à son âge, ça ne change pas grand-chose, C’est le fond qui compte.

Les dix ans qui lui ont été infligés est une punition de principe (encore une fois Papon a été protégé). Pourquoi pas une punition exemplaire, une sanction a la hauteur de cette forfaiture ? Pour moi, le crime contre l’humanité n’a pas été puni, mais il a eu une simple sanction comme on inflige à un écolier quand il a mal travaillé.

En tout cas, je tire un coup de chapeau à l’avocat général qui a laissé la porte ouverte à la perpétuité ou à ne punition intermédiaire.

Alors Mesdames, Messieurs les jurés : Pourquoi une sanction de dix ans contre une sanction exemplaire, de toute façon, vous l’avez condamné à une fin certaine, car l’orgueil tue les carriéristes, mais redonne le courage à ceux qui ont cru en la justice de leur pays, c’est le seul salaire que nous les enfants et les parents des victimes dans un procès, pour l’histoire mais c'est aussi leur donner une sépulture digne, d’un pays qui a le respect des droits de l’homme et du citoyen.

René Panaras :

Je suis fier de la justice française, si ma famille disparue nous voyait maintenant, elle serait fière de nous. La cour a retenu ce qui comptait pour nous, une condamnation de prison.

Maurice-David Matisson :

Dix ans, c’est la peine qui me convient. Cette condamnation permet à la République d’être la république. Et elle restitue aux juifs leur place dans la nation.

Mais la complicité d’assassinat devait être retenue, la solution finale elle est aussi dans les trains qui allaient de Drancy à Auschwitz. Mais aussi de Mérignac à Drancy. Il a fait arrêter mes parents, les a fait séquestrer, et l’on me dit qu’il n'est pour rien dans leur assassinat ?

Michel Slitinski :

Le combat n’est pas terminé. Tant que Papon n’est pas incarcéré nous ne baisserons pas les bras.

Les autres réactions

Samuel Pisar :

L’essentiel a été fait, le devoir de mémoire. Le plus important est qu’ait été établie la culpabilité de l’accusé. Cette reconnaissance porter un message très important à la France, celui du " jamais plus ". Il y a là une sagesse. J’ai été impressionné par la qualité de cette procédure extrêmement rigoureuse du début à la fin. Je suis également impressionné par la façon dont la France a décidé de regarder son passé en face, par le courage qu’elle a eu de revenir sur ce chapitre ténébreux de son histoire.

Le grand rabbin Maman :

L’essentiel c’est la condamnation, le crime contre l’humanité a été reconnu, encore une fois, nous ne crions pas vengeance mais justice. Ce que nous voulons, c’est la disparition du péché. Justice a été rendue. Nous continuerons à prier pour les 1600 déportés, mais nous ne penserons plus à eux de la même façon à partir d’aujourd’hui car le crime a été puni.

Maître Varaut :

Je le dis solennellement quand les juges jugent l’histoire, ils doivent se souvenir que l’histoire jugera les juges, très vite. C’est vous la presse, la télévision les responsables de cette condamnation. Vous en êtes les complices ! Vous avez fait un travail honteux !

Michel Bergès persiste et signe :

Il n’y a rien dans le dossier… Le résultat est absurde. Papon est un bouc émissaire fabriqué.

Le grand rabbin Sitruck :

La dignité de la France est sauvée par cette décision. Cette condamnation est extrêmement importante et constitue également une victoire posthume pour les victimes. C’est enfin une leçon pour les générations. Les jeunes français sauront qu’il est de leur devoir de désobéir quand un état est immoral.

Sur le web

De : putz <e.cb.putz@wanadoo.fr

Date : vendredi 3 avril 1998 23:23

Objet : communiqué presse

Voici le communiqué de presse adressé aux journaux locaux par le Comité

Anti Fasciste Anti Raciste de Nancy (CAFAR - Ras l'front)

"La justice de la république vient de condamner les nostalgiques de Vichy, à Bordeaux comme à Versailles. Le CAFAR - Ras l'front appelle tous les citoyens à la vigilance contre les idées xénophobes, antisémites et racistes qui par la passé ont conduit à la "solution finale".

En toute solidarité avec vous tous,

Chantal Putz

De : Franck Amsallem <sallemjazz@ibm.net

Date : samedi 4 avril 1998 04:42

Objet : Re: dernières chroniques

Merci à vous pour ce travail admirable que vous avez fait.

J'espère que vous parties civiles touchées de près pourrez trouver un peu plus de paix maintenant.

Je crois avoir retrouvé une partie de ma lointaine famille parmi les 1600 déportés.

En effet, ma grand mère m'avait parle de sa cousine raflée sur le port de Marseille avec son mari et ses six enfants. Ils s'appelaient El Kaim et le nom Kaim est sur les listes (les six enfants) si vous avez plus de renseignements, pouvez vous me le faire parvenir ?

merci encore --

Franck Amsallem

http://www.sunnysidezone.com/Artists/amsalbio.html http://www.sunnysidezone.com/Artists/FramesA.html

De : Tflorentin <Tflorentin@aol.com

Date : samedi 4 avril 1998 12:35

Objet : Re : dernières chroniques

Cher Jean-Marie,

Merci de ce travail de mémoire que vous avez acompli, bien sûr celui de votre présence à Bordeaux, mais aussi de cette chronique sur Internet, qui nous a permis de nous sentir présent auprès de vous tous, les parties civiles, durant les six longs mois de ce procès.

Avec toute mon admiration, et ma gratitude.

Thierry Florentin

De: rudolf balmer [SMTP:balmer@worldnet.fr] Date: samedi 4 avril 1998 10:10

Objet: dernières chroniques

Cher Monsieur,

merci pour vos chroniques qui étaient une source d'information et d'inspiration utile et importante, surtout pour nous les journalistes étrangers basés à Paris qui ne pouvaient suivre du jour au jour ce procès sur place à Bordeaux.

Si jamais vous êtes intéressé de lire ce que j'ai écrit sur le procès et le verdict, une partie de mes arcticles, ainsi qu'un interview avec Marek Halter (le jour du verdict) sont disponibles -- en allemand -- sur mon site web:

Frankreich-Informationsdienst

http://home.worldnet.fr/balmer/

http://home.worldnet.fr/balmer/halter.html

amicalement

Rudolf Balmer

correspondant des quotidiens BASLER ZEITUNG / DER BUND/ NEUE LUZERNER ZEITUNG / SCHAFFHAUSER NACHRICHTEN / SALZBURGER NACHRICHTEN

ici halter_allemand.htm

Papon et la prison

De : MONTACLAIR <MONTA@cybercable.tm.fr

mercredi 1 avril 1998 16:35

Condamné à perpétuité ou à trois mois, acquitté même, je trouve surtout scandaleux que Papon soit, depuis le début de sa mise en examen, en liberté. C'est même scandaleux qu'il ait fallu attendre tout ce temps pour ouvrir le dossier, et, encore plus, qu'on en ait fait un ministre ! ...

Le moindre petit loubard de banlieue, pour un braquage ou des coups et blessures serait en prison avant jugement. Il n'aurait pas eu, probablement le droit d'aller aux obsèques d'un membre de sa famille. De pitié pour un vieil homme, un enfant, un drame familial, ce petit fonctionnaire zélé n'en a pas éprouvé en signant des déportations, des séparations, en supposant même qu'il ignorait (je ne le crois pas ) qu'il s'agissait d'arrêts de mort.

Alors je n'aurai pas de larmes pour Papon. Je crois nécessaire qu'il soit officiellement, condamné. Je voudrais bien lui pardonner. Mais jusqu'à présent, a-t-il montré un soupçon de remord ?

Bernard MONTACLAIR Docteur en psychologie Retraité

De : Tristan Alzial <tristan.alzial@scg.ulaval.ca

Date : mercredi 1 avril 1998 19:32

En attendant le verdict depuis le Canada...

Je vous envoie ce mail sans but précis (et a un moment délicat, qui n'est peut-être pas le meilleur...). Je suis français, je ne suis pas Juif, je suis trop jeune pour avoir vécu la guerre, et je n'ai pas de connaissances approfondies de cette période de l'histoire. Néanmoins, je suis extrêmement touché par ce procès, et attends le verdict, depuis le Canada, avec une angoisse que j'ai du mal a expliquer.

Ce message va sûrement vous paraître étrange. Je voulais juste dire a des personnes concernées par tout ceci (personne au Canada n'est au courant de l'affaire, et ma nervosité surprend tout le monde), que n'importe qui, comme moi, peut se sentir implique dans ce procès, sans avoir de raison particulière ; et quelle que soit l'issue, cette sorte de solidarité implicite de la part du "peuple" est une force et un soutien sur lequel toutes les parties civiles, a mon humble avis, pourront s'appuyer au point de vue moral, ce qui est important.

Bien a vous,

Tristan Alzial.

De : Jeal Lascoux <redact@formation.org

Date : jeudi 2 avril 1998 00:32

Objet : article sur Papon et les Autres

Portrait d'un papon

Le nom de certains hommes a été immortalisé dans notre langue pour une invention, un mérite ou un trait de caractère. Nous appelons dans cette lignée sortie des âges :

monsieur Poubelle, pour son récipient, monsieur Guillotin, pour sa machine de torture et de mort, monsieur Chauvin, pour la naïveté et l'enthousiasme des patriotes qui en deviennent xénophobes, monsieur de la Palice, celui qui était encore vivant avant d'être tué, pour le jeu des évidences, monsieur Judas, pour la faiblesse de celui qui, incité à la trahison, se suicide... etc...

A ceux-là et aux autres que j'oublie, monsieur Papon vient se joindre. Il s'ajoute à cette file pitoyable pour illustrer les comportements de l'homme de pouvoir, éduqué dans l'arrogance et à jamais inconscient des conséquences de ses choix.

Sachez-le, hommes et femmes que la direction de nos sociétés attirent, le papon n'est pas unique en son genre. Vous en êtes sûrement !

Le papon n'a pas d'âge et n'est pas sexué. Il est cultivé, diplômé, sinon c'est un autodidacte très brillant. Il est soutenu par son entourage et sa compagnie est recherchée. C'est un bon enfant, un bon parent, un bon conjoint, un bon camarade. Le papon est intègre dans l'aveuglement de sa conscience, une conscience qu'il a petite, mais qui occupe tout son esprit, généralement discipliné et étroit. Le papon est authentique lorsqu'un jour il affirme "je sais ce que fais" et plus tard, lorsqu'il prétend que si sa responsabilité était engagée, il ne peut être traité comme un coupable. Il ne se rend pas compte. Il fait les choses, parce qu'elles lui semblent commandées par la nécessité. Il est minable et dangereux à la fois ; il est avant tout homme politique que rien ne semble pouvoir atteindre : c'est un papon.

Jeal Lascoux Journaliste rédacteur en chef de l'Officiel de la formation

De : Alex <alex@bruxelles.org Date : jeudi 2 avril 1998 10:23 Objet : La condamnation Bonjour,

Je viens d'apprendre que Maurice Papon était condamné à 10 ans de réclusion criminelle, qu'il effectuera en liberté, comme tout le monde le sait !

Je ne comprends pas. Je pense que seule la perpétuité aurait pu servir l'histoire et enfin tirer un trait sur cette période trouble de la France.

Comment est-il possible de le condamner si légèrement alors que l'extrême droite est aujourd'hui encore aux portes de vos exécutifs ? Cette extrême droite qui a pris un visage "acceptable", et dont les mots résonnent déjà dans la bouche de certains UDT ou RPR. Enfin, je veux penser tout n'est pas perdu mais aujourd'hui, je suis triste.

Alexandra Hermanus Belgique

De : Monier, Bertrand <Monier.Bertrand@pmintl.ch

Date : jeudi 2 avril 1998 12:11

Objet : Verdict du Procès

Messieurs,

Je ne sais à qui iront ces lignes, néanmoins je tenais à remercier toute personne ayant travaillé à ce site qui fut pour moi durant tout le procès un outil indispensable de connaissance.

C'est aujourd'hui que je vous remercie, alors que peut être l'abattement et la stupeur ont remplace la volonté du combat juste.

C'est un cauchemar.

A ce verdict inepte, honteux, j'ajoute l'horreur de voir cet homme libre comme l'air

J'ai honte. Mais je n'aurais pas honte longtemps. Bientôt viendra l'heure de faire des choix définitifs,

De tels verdicts ne peuvent que me faire choisir la lutte armée

Contre ces petits nazillons haïssables,

Ces petits Millons,

Ces postulants au rôle de Papon-des-annees-2000

"J'avais-confiance-en-la-justice-de-mon-pays" c'est fini

Merci Bertrand

De : famille MAUBRU <"japv.maubru@wanadoo.fr"@wanadoo.fr

Date : jeudi 2 avril 1998 21:47

Objet : remerciements

Bonjour,

Je vous remercie pour votre email qui a confirmé mes impressions sur les tentatives d'une certaine presse d'influencer l'opinion. L'annonce du verdict me rassure un peu, toutefois je le trouve assez incohérent.

A bientôt peut-être et encore merci.

Sincères salutations, Pierre Maubru (élève de 3° Collège Louisa Paulin MURET)

De : François FONTAN <francois.fontan@nice.pacwan.net

Date : vendredi 3 avril 1998 00:01

Objet : verdict 10 ans

Ancien élève d'hypotaupe au lycée de Bordeaux en 1940, puis élève de taupe au lycée Janson de Paris en 1942, je me souviens parfaitement de notre état d'esprit vis à vis de la question juive.

Nous avions dans chaque classe plusieurs camarades qui portaient l'étoile jaune, et que nous avons toujours entoure de notre sollicitude. Pressentant, quelques jours avant la rafle du Vel d'Hiv qu'une action d'envergure se préparait contre les juifs, nous avons incité vivement notre camarade Bernheim de partir immédiatement en zone sous contrôle de Vichy (dite zone libre), où il n'y avait pas de difficulté à trouver dans des départements comme le Gers par exemple, à trouver asile dans des familles logées dans des propriétés isolées. Nous leur fournissions d'ailleurs les adresses et introductions. Mais j'entends encore notre ami Bernheim invoquer les intérêts de sa famille dans la région parisienne pour décliner notre offre. Bernheim est parti. Il n'est jamais revenu. Bernheim ne fut pas un cas d'espèce.

A ce moment, nous nous doutions que rien de bon n'attendait les déportés, mais personne ne pensait à une extermination systématique. Bernheim pas plus que nous bien entendu, sinon il aurait fui comme nombre de ses coreligionnaires.

Ce qui est fondamental, et ce que ne peuvent comprendre les jurés trop jeunes pour avoir vécu cette époque, c'est que nous nous sentions, en 1942, TOUS menacés, juifs ou pas juifs d'une déportation ou d'un embrigandage forcé au service de l'Allemagne. Certes, nous plaignions nos camarades juifs, mais leur problème n'était pas alors notre problème primordial. Ils avaient un problème certes, mais nous aussi.

La très grande majorité des élèves des préparations aux grandes écoles avait des sympathies gaullistes. Je me souviens que certains d'entre nous exhibaient la croix de Lorraine sur leurs calots, et je possède encore une photo ou l'on voit, en pleine occupation, dans la grande cour de Janson, les élèves alignes impeccablement, drapeaux tricolores déployés, rendre hommage aux morts de la Grande Guerre.

Mais quelque soient nos opinions, TOUS, nous étions bien conscients que si nous pouvions préparer nos concours de l'X, Centrale etc., nous le devions bien à ce semblant d'état franchis, en dépit de Montoire et du reste, et que c'est grâce à la présence de hauts fonctionnaires comme Papon, que nous "integririons" dans nos écoles respectives, afin d'être capables ensuite de reconstruire à la fin de la guerre notre pays. Et même pour certains de participer sous les ordres de Delattre ou Leclerc à la libération de notre pays.

Vous ne serez donc pas surpris que je sois scandalisé par la condamnation de Papon, qu'il s'agisse d'ailleurs de 1an 10 ou la perpétuité. Jugement lâche et inique exercé en partie sous la pression des médias. Seul l'acquittement en l'occurrence etait de mise.

Je vais plus loin. Je ne pense pas que ce verdict serve les juifs français. Et mon opinion est partagée par nombre de mes amis juifs qui, dès le départ, ont considéré ce procès comme une grande bévue.

Ce procès, et le verdict qui ont suivi vont contribuer pour nombre de français, à ghettoiser les juifs, a accentuer les différences, a donner l'idée à certains qu'après tout il y a peut-être bien un problème juif, même si ce problème reste pour la plupart nébuleux. Procès et verdict vont réactiver des susceptibilités, des vieux démons qui ne demandent vous le savez bien qu'à être réveilles. Rappelez-vous, il y a quelque 2000 ans, une certaine condamnation ne vous a pas porté bonheur. Que la condamnation de Papon ne vous retombe pas dans un plus ou moins proche avenir, sur la tête.

Tel est le meilleur souhait que je puisse vous faire Amen.

François FONTAN

De : jackynice <jackynice@infonie.fr>
Date : dimanche 5 avril 1998 09:46
Objet : de tout cœur


De tout cœur avec les familles des victimes...

Que le devoir de mémoire ne soit jamais oublié !

page web http://perso.infonie.fr/jackynice
ou http://members.aol.com/jackynice